Se regrouper pour exister
Se regrouper pour exister : pourquoi les CAE Culture s’organisent en réseau
Face à la précarisation du travail artistique et à l’isolement des créateur·ices, il est temps de revendiquer un autre modèle : celui de la coopération. Les Coopératives d’Activité et d’Emploi Culture portent cette vision depuis plus de vingt ans, alliant liberté de création et droits sociaux. Aujourd’hui, elles unissent leurs forces au sein du réseau national Coop Culture pour défendre, haut et fort, le droit de vivre dignement de son métier artistique.
En France, les Coopératives d’Activité et d’Emploi (CAE) constituent un modèle encore récent, reconnu par la loi sur l’Économie sociale et solidaire (ESS) de 2014, et pourtant encore mal identifié par le grand public, les pouvoirs publics et parfois même les professionnels de la culture.
Pourtant, pour nombre d’artistes, artisans d’art, auteur·ices ou médiateur·ices culturel·les, la CAE est une solution solidaire à l’isolement professionnel. Elle permet de développer son activité tout en bénéficiant d’un statut protecteur, de droits sociaux et d’une dynamique collective.
Mais ce choix, pourtant porteur de sens et d’efficacité, s’accompagne encore de freins injustes : manque de reconnaissance institutionnelle, accès restreint à certains dispositifs de soutien à la création, obstacles administratifs. Ces difficultés limitent l’essor d’un modèle pourtant parfaitement aligné avec les enjeux contemporains du travail culturel.
Un réseau national pour unir les forces
Face aux difficultés persistantes rencontrées par les artistes et professionnel·les de la culture, les CAE du secteur ont franchi une étape décisive : Coop Culture, longtemps réseau informel, se structure en association nationale, avec l’appui d’un Dispositif Local d’Accompagnement (DLA) à l’échelle nationale, le soutien d’Opale (association culture-ESS) et des DLA régionaux concernés.
L’objectif est clair : parler d’une seule voix, faire connaître ce modèle coopératif et défendre les droits de celles et ceux qui choisissent la coopération comme cadre de travail.
Le 3 juillet 2025, lors du Forum Entreprendre dans la Culture (à lire ici) à Paris, le réseau a été officiellement lancé en organisant tout d’abord une table ronde sur « Les coopératives culturelles comme leviers de transformation sociale et sociétale », réunissant Mohamed Rochdi Sifaoui (Tënk), Victor Givois (Octopus), Stéphane Bossuet (Réseau Coop Culture) et la sociologue Micha Ferrier-Barbut, sous la modération de Laura Aufrère (SCIC La Main).
L’occasion de parler de coopération comme acte politique, de souffrance au travail et de désir d’émancipation, de modèles alternatifs au capitalisme et de futurs désirables à construire collectivement.
Dans un secteur culturel souvent fragilisé, SCOP, SCIC et CAE Culture ne sont pas seulement des statuts juridiques : ce sont des projets de société, où l’on invente d’autres manières de produire, de créer et de décider… ensemble.
Cette table ronde a ouvert la voie à la présentation officielle du réseau Coop Culture : en commençant par partager son histoire, ses spécificités et le fonctionnement des CAE Culture, avant de porter haut et fort son plaidoyer (à lire ici) pour faire connaître, renforcer et essaimer ce modèle.
Un modèle qui conjugue autonomie et solidarité
Le plaidoyer du réseau Coop Culture rappelle avec force ce que les CAE Culture apportent :
- Un espace d’expérimentation et d’action où les artistes et professionnel·les construisent des dynamiques durables.
- Une organisation collective fondée sur la mutualisation des moyens, la solidarité professionnelle et la rémunération du travail artistique.
- Une protection sociale complète grâce au statut d’Entrepreneur·e Salarié·e Associé·e (CESA), conciliant indépendance et sécurité.
- Un levier de structuration de l’emploi culturel dans les territoires, évitant la multiplication de micro-structures précaires.
En 2024, les CAE Culture, c’est près de 1000 professionnel·les, 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, et 50 % des membres qui deviennent associé·es après trois ans.
Découvrir la plaquette de présentation
Des revendications claires
Pour être pleinement efficaces et équitables, les CAE Culture demandent :
- Un accès aux mêmes dispositifs que les autres statuts : subventions, bourses, mécénat, droits à la formation, adhésion aux syndicats professionnels.
- La levée des blocages administratifs liés à l’absence d’immatriculation individuelle.
- Un traitement équivalent par les services de l’État et les collectivités.
- Un soutien financier pérenne à la fois pour les CAE sur les territoires et pour le réseau Coop Culture au niveau national.
- Une promotion active du modèle auprès des acteurs culturels, économiques et de l’emploi.
Une identité visuelle porteuse de sens
L’identité visuelle du réseau Coop Culture a été conçue par Bureau Trouble, une coopératrice d’Azelar, ancrée elle-même dans cette dynamique collective. Inspirée des cellules qui, par leur interconnexion, forment un écosystème vivant, la charte graphique (à lire ici) illustre la force du collectif : Faire corps… chaque élément, supposé indépendant, fonctionne en réalité dans un système plus complexe les rendant interdépendants. Ensemble ils forment un corps social.
… ensemble… Les éléments isolés se rassemblent autour de Coop Culture, qui fonctionne comme un aimant, un point de repère magnétique autour duquel toutes les cellules se regroupent.
…pour rayonner. Le noyau, la COOP, leur sert de point de recharge, de ressource. Comme une respiration, les cellules se resserrent autour du cœur pour se déployer à nouveau.
Ce langage visuel, organique et animé, incarne le brassage d’idées, la diversité des profils et la créativité en action. Le logo, pluriel et mouvant, brise les codes graphiques attendus pour laisser place à l’inattendu, au sensible et à l’artistique. Les choix typographiques et colorimétriques font dialoguer sciences sociales et arts, nature et culture, rappelant que la coopération est à la fois une organisation sociale et une source d’innovation. À l’image du réseau, cette charte affirme que l’union n’efface pas la singularité : elle lui donne l’espace pour rayonner.
S’inscrire dans la longue histoire de la solidarité
Dans l’ADN de l’ESS, il y a l’idée que l’union fait la force. Dès le XIXᵉ siècle, les coopératives ouvrières, les mutuelles et les associations sont nées pour protéger les travailleurs face à la précarité et défendre des droits collectifs que personne ne pouvait obtenir seul. Elles ont inventé des formes d’organisation où la mutualisation des moyens et la gouvernance démocratique devenaient les leviers d’émancipation.
Les CAE Culture s’inscrivent pleinement dans cette filiation. Comme les sociétés de secours mutuel ou les coopératives artisanales d’hier, elles répondent à un besoin concret : sécuriser des métiers fragilisés par l’isolement et la discontinuité des revenus. Mais elles portent aussi une vision politique : celle d’un travail artistique et culturel reconnu comme un bien commun, qui mérite d’être protégé et soutenu.
À l’instar des grands réseaux coopératifs qui se sont fédérés pour peser sur les politiques publiques et défendre une économie au service des personnes, Coop Culture fait le pari que la coopération entre CAE démultiplie leur capacité d’action. Se structurer en réseau, c’est à la fois hériter de cette longue tradition solidaire et inventer de nouvelles manières d’agir pour un secteur culturel plus équitable, durable et inclusif.
Les membres fondateurs : Appuy Culture (Auvergne), Artenréel (Grand Est), Azelar (Rhône-Alpes), Chrysalide (Bretagne), CAE Clara et Clara bis (Ile de France), Oriú (Nouvelle Aquitaine) et Oz (Pays de la Loire).
Pour aller plus loin
Découvrez le plaidoyer intégral de Coop Culture, explorez la plaquette de présentation ou plongez dans la charte graphique qui illustre visuellement la force du collectif.